Transversalles Magazine transfrontalier consacré à la culture
RetourLa caillette du Roi Louis XV et Madame de Pompadour de Pierre de Nolhac est réédité dans la collection Hommes et Périodes de l'Histoire aux Editions Graines d'auteur, 2011. Critique de Laurent Pfaadt. Réédition d'un ouvrage sur la relation entre Louis XV et la marquise de Pompadour par l'un des grands spécialistes de Versailles, Pierre de Nolhac. Après la publication du Napoléon de l'historien Jacques Bainville, les éditions Graines d'auteur poursuivent la réédition d'œuvres oubliées de notre histoire de France. La pépite que son directeur tire du formidable fond que constitue cette littérature, ces grandes études historiques d'une Troisième République où l'utilisation de la langue française était tout aussi importante que la précision du contenu, nous vient une fois de plus de l'Académie française. Même s'il est devenu immortel en 1922 en succédant au philosophe Emile Boutroux, Pierre de Nolhac (1859-1936) est aujourd'hui un inconnu pour le commun des mortels. Conservateur du musée de Versailles pendant près de trente ans, ce spécialiste de l'humanisme de la Renaissance a également laissé une œuvre considérable sur la vie à Versailles au XVIIIe siècle. Ami de Proust, Bergson ou de Renan, il a enrichi la connaissance des règnes de Louis XV et de Louis XVI en insistant particulièrement sur les grandes figures féminines des deux rois : les reines Marie Leszczynska et Marie-Antoinette et la marquise de Pompadour. Louis XV et Madame de Pompadour a été publié en 1903. La présence de cette dernière dans la bibliographie de Pierre de Nolhac à la suite d'un Louis XV et Marie Leszczynska traduit bien l'importance prise par cette courtisane devenue maîtresse royale. Jeanne-Antoinette Poisson, marquise de Pompadour, fut bel et bien une quasi reine. La seule figure de la monarchie française qui puisse lui être comparée est Madame de Maintenon, maîtresse de Louis XIV, que le roi épousa morganatiquement. Louis XV n'alla pas aussi loin. Si le destin de la marquise de Pompadour suit la trajectoire classique d'une maîtresse royale – ascension, influence, disgrâce – celui-ci reste encore aujourd'hui dans le marbre de notre histoire comme l'alliance de la politique et de l'amour. Et surpasse en cela Madame de Maintenon. Jeanne-Antoinette Poisson arrive à la cour en 1745, l'année de la victoire de Fontenoy. Le Roi en fit très vite une marquise et lui attribua le domaine de Pompadour. Installée dans un appartement au-dessus de celui du roi, elle rendit régulièrement visite au roi grâce à un escalier secret. L'amour de quelques années devint l'amitié de toute une vie. La marquise fut si influente qu'elle fit nommer ses proches à des postes importants, fit et défit les carrières dans cette cour versaillaise que décrit à merveille Pierre de Nolhac et influença la diplomatie française (on lui doit le renversement des alliances au profit de l'Autriche). « Jamais crédit de maîtresse n'a été plus grand que celui de la marquise. Aucun mémoire, aucun avis n'est remis au Roi sans qu'elle en accorde la permission. Rien n'arrive à lui qu'en passant par elle » écrit Pierre de Nolhac. Le roi l'aimait et l'écoutait, feignant même de s'intéresser à ce théâtre qu'elle affectionnait tant. Enfin, si le siècle de Louis XV, pour reprendre l'expression de Voltaire, fut celui des Lumières, il le dut à la marquise de Pompadour, fidèle protectrice de Diderot, Rousseau et Voltaire dans son salon.Jamais une femme non noble n'a eu autant de pouvoir que la marquise de Pompadour. Louis XV dut en partie sa place dans la mémoire des Français à sa relation avec la Pompadour. Impopulaire de son vivant, il reste ce monarque qui aima une femme d'une naissance inférieure à la noblesse et confère à cette histoire d'amour un air de Cendrillon. L'ouvrage de Pierre de Nolhac est là pour nous le rappeler.