S’attaquer à la question du dialogue artificiel, c’est travailler la vitalité de la voix narrative et accompagner chaque graine d’auteur vers une expression plus maîtrisée.
Le diagnostic est facile à poser lorsque tout semble mécanique : les personnages de fantasy parlent comme des élèves apprenant leur texte. Mais les causes de cette « artificialité », pour emprunter le terme du Comité de lecture Gallimard Jeunesse (source : L’écrire et le dire, Gallimard, 2022), sont multiples :
Or, la fantasy exige un dosage subtil : si le langage est trop contemporain, la magie s’évanouit ; trop empesé, il casse la cadence. Nous sommes ainsi devant un vrai paradoxe de fabrication.
Pourquoi cela devrait-il nous préoccuper ? Parce que le dialogue synthétise, à vif, la tension de chaque scène. Un dialogue « en plastique » affaiblit trois axes majeurs du récit :
La question n’est donc pas marginale : elle touche le cœur même de la floraison du récit.
Examinons de près quelques romans récents, premiers ou deuxièmes livres, ayant marqué la sphère francophone. Ne citons pas pour stigmatiser, mais pour nourrir notre réflexion commune :
Ces textes montrent qu’on reconnaît une jeune voix, non à la perfection du dialogue, mais à sa capacité d’évoluer et de s’ajuster au réel de la scène (voir l’interview de Devillepoix sur PedagoJeux.fr).
Quelques signaux d’alerte reviennent, pour nous éditeurs/bêta-lecteurs :
En bêta-lecture, il devient essentiel de traquer ces pousses envahissantes avant la soumission à un comité de lecture.
Un bon dialogue, en fantasy comme ailleurs, se travaille, souvent par itérations. Quelques conseils germés de lectures et d’accompagnements éditoriaux :
L’un des moyens les plus efficaces pour « désartificialiser » son dialogue : lire et écouter plus loin que la seule fantasy.
Un auteur n’écrit pas seul : la voix qui émerge de ses pages cherche l’écoute d’un lecteur. « Le roman n’est qu’un long dialogue avec l’inconnu », écrivait Antoine Volodine (Le Livre des Soupirs, 1994). Osons alors demander à celles et ceux qui lisent nos manuscrits :
À mesure que la fantasy francophone se diversifie, chaque voix qui ose la recherche d’un dialogue plus incarné contribue à l’élargissement de notre terre littéraire commune. Ralentir, écouter, retravailler : c’est la promesse d’une floraison qui ne tient pas du miracle, mais de la patience et du soin portés à la moindre phrase.
À chaque manuscrit, sa voix, sa structure, son terreau. Laissons le dialogue trouver sa cadence : c’est là que la fantasy, même jeune, devient crédible et singulière.
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